L’été invite à ralentir, à s’étirer dans un fauteuil avec un livre, à laisser les mots résonner différemment. Cette année, certaines lectures m’ont particulièrement touchée, parfois bousculée, et j’ai envie de les partager avec vous.
Ce ne sont pas des livres de développement personnel ni des ouvrages théoriques. Ce sont des histoires vraies ou romancées qui parlent de résilience, de dignité, de transmission et de joie de vivre. Des thèmes qui traversent aussi, souvent, le travail que nous faisons ensemble en cabinet.

Et la joie de vivre – Gisèle Pélicot
Au-delà du procès hors norme qui a secoué la France entière, Gisèle Pélicot nous offre quelque chose de précieux et d’inattendu : le récit d’une vie ordinaire. Une vie de couple avec ses hauts et ses bas, une vie de femme avec ses deuils (elle a perdu sa mère très jeune) et ses ancrages.
Ce qui m’a frappée, c’est la force de vie qui se dégage de ces pages. Non pas malgré les épreuves, mais à travers elles. Cette femme a traversé une trahison d’une violence inouïe, et pourtant elle a retrouvé l’amour, la confiance, le désir de vivre.
En accompagnement thérapeutique, je rencontre souvent des personnes convaincues qu’un trauma les a définitivement brisées. Ce livre est une réponse vivante à cette croyance. Il ne minimise rien, il ne gomme rien, il montre simplement qu’il y a un après, et que cet après peut être lumineux.
Les laboureurs et les mangeurs de vent – Boris Cyrulnik
Boris Cyrulnik n’a plus besoin de présentation. Mais dans ce livre très autobiographique, il revient sur son enfance de petit garçon juif pendant la Seconde Guerre mondiale, sur ce qu’il a vécu, perdu, traversé, et sur ce que cela a façonné en lui, y compris sa pensée sur la résilience.
Ce qui rend ce livre particulièrement puissant, c’est qu’il ne s’arrête pas au témoignage intime. Cyrulnik élargit le regard et nous interroge sur nos comportements sociaux : pourquoi certains résistent-ils quand d’autres se soumettent ? Qu’est-ce qui, dans notre histoire, notre environnement, nos liens affectifs, détermine ce choix ou cette absence de choix ? Il revisite en quelque sorte la servitude volontaire de La Boétie, cette question vieille de cinq siècles sur notre propension à accepter la domination, voire à la nourrir sans en avoir conscience.
Je le conseille à tout le monde en ce moment, parce qu’il est d’une actualité saisissante. Dans un contexte où les discours de haine resurgissent et où les mémoires s’effacent, ce livre nous rappelle ce que signifie concrètement la persécution et ce que l’être humain peut surmonter quand il est entouré, soutenu, reconnu.
Dans ma pratique, je rencontre des personnes qui se demandent parfois pourquoi elles n’ont pas su dire non, pourquoi elles ont accepté l’inacceptable au travail, en couple, en famille. Ce livre ne juge pas, il éclaire, et c’est déjà beaucoup.


La mort intime – Marie de Hennezel
Ce livre, c’est une leçon d’humanité. Marie de Hennezel nous accompagne auprès de patients en soins palliatifs et nous raconte leurs derniers jours avec une délicatesse rare. Elle n’évite rien, ni la peur, ni la souffrance, ni la beauté de ce moment ultime.
J’y pense souvent quand des personnes viennent en consultation avec un deuil à traverser, ou quand elles accompagnent elles-mêmes un proche en fin de vie. Ce livre aide à apprivoiser ce qui nous fait le plus peur. Il réconcilie avec la mort, ce qui paradoxalement aide à mieux vivre.
Les sept plumes de l’aigle – Henri Gougaud
Un livre plus spirituel, qui suit le jeune Luis depuis l’Argentine jusqu’à ses origines indiennes, à travers une quête initiatique portée par un vieux chaman. C’est un récit qui touche à ce que nous cherchons tous, d’une façon ou d’une autre : savoir d’où nous venons pour comprendre qui nous sommes.
En gestalt thérapie et en sophrologie, la notion de contact avec soi est centrale. Ce livre l’explore à sa manière, en douceur, avec des images qui restent longtemps après la dernière page.


Les fabuleuses femmes du Grand Hôtel – Ruth Kvarnström-Jones
Une lecture plus légère pour finir et on en a besoin ! C’est l’histoire d’une directrice du Grand Hôtel de Stockholm qui, au début des années 1900, ose confier des postes de responsabilité à des femmes, à une époque où c’était révolutionnaire.
C’est joyeux, vivant, et ça fait du bien. Parfois le soin, c’est aussi ça : permettre à la légèreté d’entrer.
En guise de mot de la fin
Ces cinq livres ont en commun de parler de la capacité humaine à traverser, à se relever, à se réinventer. C’est exactement ce que j’observe en cabinet, semaine après semaine : des personnes courageuses qui choisissent de se retourner vers elles-mêmes pour avancer.
Bonne lecture et bel été à vous.

